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Pièce en 1 acte et 6 scènes écrite par madame MONIA Belazi
Scène 1
(Olivier, un garçon d’environ une dizaine d’années, une fillette du même âge.
Une chambre d’enfant avec une fenêtre ouverte, un lit, un placard, un bureau et un ordinateur éteint.
Olivier est au bureau, il travaille. Une horloge sonne minuit puis une fillette enjambe la fenêtre ouverte. Elle scrute la chambre. Olivier se retourne. Il laisse tomber sa chaise en se levant pour aller vers elle.)
Olivier
Je rêve ou quoi ?
Qui es-tu, toi ?
La fillette
Non, tu ne rêves pas
Vite ! cache-moi !
(Olivier se frotte les yeux, la touche)
Olivier
Tu es bien réelle !
La fillette
Et je viens du ciel.
Olivier
(Il regarde le public)
A force d’avoir étudié
J’hallucine ! je dois me reposer !
(Il s’éloigne vers son lit, elle le retient par le col de son vêtement)
La fillette
Ne fais pas l’enfant
Ecoute et comprends !
Olivier
(Il se retourne, la regarde)
Es-tu une fée ?
Une étoile égarée ?
La fillette
Ni l’une ni l’autre
Je viens de Plautre.
Olivier
Plautre ?
La fillette
Ma planète s’appelle ainsi
Comme la tienne s’appelle «Terre »
Elle se trouve dans une autre galaxie
Pas très loin du système solaire.
Olivier
(Il réfléchit, puis…)
Donc, tu prétends être…
Une extraterrestre !
Comment donc et pourquoi
Es-tu venue jusqu’à moi ?
La fillette
Je te l’avais dit
Je viens me cacher car j’ai fui.
Sur Plautre, comme sur Terre
Nous avons des pères et des mères
Mais les nôtres sont trop sévères,
La moindre bêtise coûte cher.
Ce matin, j’ai joué avec les ondes du bonheur
Et j’en ai brouillé les capteurs.
Furieux, mes parents m’ont condamnée
A écrire 3000.000 fois à la vitesse de la lumière
« Je regrette et je ne recommencerai guère. »
Regarde (elle lui montre la main)
J’en ai les doigts déformés !
Olivier (impatient)
Tout cela ne m’explique pas
Comment tu es devant moi !
La fillette
Patience ! ayant à peine écrit 2000 fois l’énoncé,
Je me suis mise à bâiller.
Mes parents étaient occupés à réparer
L’émetteur que j’avais détraqué
J’en ai profité pour emprunter
Un de nos vaisseaux volants
Et j’ai traversé espace et temps
Tout à fait par hasard
J’ai appuyé sur un bouton bizarre
Il se trouve que c’est celui qui mène jusqu’à toi
Et voilà !
Olivier
(il s’approche d’elle et la menace)
Tu ne me feras pas avaler ces salades
Ni Plautre ni rien d’autre !
Tu es une fillette normale en escapade
Ou une voleuse ou une malade
Du genre somnambule ou funambule…
La fillette
Il te faut une preuve de ma réalité ?
(elle s’approche de l’ordinateur)
Vois comment d’un regard, je vais le faire marcher !
(en effet, celui-ci s’allume)
Et, d’un geste, je vais le brancher sur le mien !
Olivier
Oh ! comment as-tu fait ?
La fillette
Ce n’est pas magique
C’est comme les cartes magnétiques !
Scène 2
(Olivier, la fillette, voix-off de l’ordinateur)
L’ordinateur
O 21, que puis-je pour toi ?
Olivier (il rit et regarde la fillette)
Oh ! tu t’appelles O 21 !
O 21 (vexée)
Et alors, sur Plautre, c’est la tradition
De chiffrer les enfants
Jusqu’à la majorité
Alors, on leur cède leur vrai nom
Et encore, s’ils l’ont mérité !
Et toi, comment te nommes-tu ?
Olivier
Olivier
O 21
Comme l’arbre ! c’est joli
Si j’étais ta sœur, je serais « Olivière » ?
Olivier
(il rit et fait un geste mimant la forme d’une olive)
Non ! Olive !
O 21 (vexée, elle se dirige vers l’ordinateur)
Plutôt que de dire n’importe quoi,
Approche-toi
L’ordinateur te parlera de Plautre.
(les deux enfants se penchent sur l’appareil)
L’ordinateur
(voix métallique)
Plautre : Planète encore inconnue sur Terre, dépendant de l’étoile Chara, à 27 années-lumière du soleil, visible à l’œil nu à partir de la Terre au dessus de la Grande-Ourse.
(l’ordinateur se tait)
Olivier
Dis-lui de continuer.
(l’ordre est donné avec un regard)
L’ordinateur
Les habitants de Plautre sont sexués et semblables aux terriens. Mais, ils ont une civilisation cinq fois plus évoluée qu’eux.
Olivier
Je n’ai pas compris ce que ça fait « cinq fois plus » !
L’ordinateur
Les terriens atteindraient le niveau technologique et scientifique des plautriens en cinq siècles.
Olivier
Les plautiens connaissent-ils les terriens, à part O 21 ?
L’ordinateur
Oui, ils font souvent des voyages spatiaux et ils vous connaissent mais ils n’ont aucune envie de vous fréquenter car ils vous considèrent comme primitifs et belliqueux.
(soudain, l’image et le son se détraquent, l’ordinateur est en difficulté, O 21 n’arrive pas à le remettre en marche)
O 21
Mais…que se passe-t-il ?
Pourquoi se détraque-t-il ?
Olivier
Qu’en sais-je, moi ?
O 21
Mais, c’est TON ordinateur !
Olivier
Et tu l’as branché sur le tien, là-haut, au-delà du ciel.
Va savoir quel virus il a capté
Ou dans quel monde virtuel il a pénétré !
0 21 (elle se tient la tête, affolée)
Oh ! je comprends, mais, hélas !
Bien tard !...que faut-il que je fasse
Pour empêcher ce qui va arriver ?
Olivier (intrigué, il regarde l’appareil éteint puis 0 21)
Je n’y comprends rien !
(à elle)
Explique-toi, O 21 !
(elle parcourt la chambre sans l’écouter, il la secoue par le bras)
Tu vas enfin t’expliquer !
(silence)
Olivier
Si tu ne dis rien
Retourne d’où tu viens !
O 21
Non, ne me renvoie pas, Olivier.
Je me taisais parce que j’étais affolée.
En branchant ton ordinateur sur le mien
Sans y penser, j’ai informé mes parents
Sur ma position et c’est sûrement
Les ondes de leurs colère qui…
(Un bruit terrible l’interrompt, une lumière éclaire la fenêtre du dehors, deux visages adultes, un homme et une femme ; puis, les deux nouveaux venus entrent de la même manière que O 21 était entrée)
Scène 3
(Olivier, O 21, les parents de O 21)
(O 21 se cache derrière Olivier)
Le père
O 21, viens ici
Espèce de chipie !
O 21
Je refuse de vous suivre
C’est ici que je veux vivre !
(Olivier la regarde avec des yeux tout ronds)
Le père
(Il s’avance, écarte Olivier et prend O 21par l’oreille)
Tu es la honte de la famille
Je ne suis pas fier que tu sois ma fille !
Les plautriens sont travailleurs et sévères
Ce qui fait de notre planète un modèle pour l’univers !
Et toi, tu multiplies les bêtises
Tu agis à ta guise…
O 21 !
Tu ne vaux rien !
Sa mère
(elle la secoue par le bras)
Vite ! saute par cette fenêtre dans le vaisseau de ta tante
Camouflé en pot de menthe odorante
Le nôtre que tu avais chapardé
Nous l’avons programmé pour rentrer.
O 21
Je ne veux pas vivre en plautrienne
Toujours punie, toujours purgeant quelque peine
Pour des bêtises que tous les enfants
De l’unnivers font
Sans en souffrir autant !
Le père
(il lève les bras au ciel)
Mon Dieu, qu’ai-je fait
Pour avoir une fille si effrontée !
La mère
Il ne nous reste plus qu’à t’hypnotiser
Et te ramener malgré ta volonté.
O 21
(elle ferme les yeux et se les cache avec l’avant-bras)
Non ! pas ça !
Je ne veux pas !
Olivier
(il se retourne vers le public et crie)
Ca va ! ça va ! ça va !
A minuit sonnant, plein d’extraterrestres
Débarquent chez-moi
Et font comme si je n’existais pas !
(tous le regardent, silencieux…
On entend des pas dans l’escalier)
Olivier
C’est ma mère !
Que faire ?
Si elle vous voyait
Elle s’évanouirait !
(tous font des gestes d’impuissance, il continue)
Vite ! cachez-vous !
(aux parents)
Dans ce placard, placez-vous !
(à O 21)
Toi, derrière ce rideau
Et, pas un mot !
Scène 4
(La mère, Olivier)
(On entend frapper)
La voix de la mère
Ouvre, Olivier !
(il ouvre, elle entre)
La mère
Je t’ai entendu crier,
Tu m’as appelée ?
Olivier
Moi ?non, tu as dû rêver !
(elle lui passe la main dans les cheveux, lui caresse la joue…soudain, l’ordinateur clignote, elle avance vers l’appareil.)
La mère
Est-il allumé ou éteint ? je n’y comprends rien !
Olivier
(il l’éloigne)
Maman, je vais dormir ;
Bonne nuit.
La mère
(avec un soupir)
C’est ça, mon petit !
(elle fait mine de sortir puis revient sur ses pas et ferme la fenêtre)
Ne l’oublie plus ouverte
Une étoile pourrait entrer
Ou même une fée…
Olivier
(il fait semblant de bailler et de rire en même temps)
Oh, maman, demain, j’ai un devoir.
Et, comme tu le vois, j’ai veillé tard.
J’ai besoin de repos,
Sinon, j’aurai zéro.
La mère
(elle l’embrasse tendrement)
Bonne nuit, mon petit
Et bonne chance aussi.
(elle se dirige vers la porte, il la rappelle)
Olivier
Maman !
La mère
Oui, mon enfant.
Olivier
Est-ce que tu m’aimerais toujours autant,
Si je devenais un chenapan ?
La mère
(elle revient à lui, le serre dans ses bras)
C’est bizarre ce que tu dis
En pleine nuit…
Mais, sache, mon enfant,
Que si tu devenais un chenapan
Je te punirais pour tes bêtises
Mais pas trop sévèrement
Et je continuerai à t’aimer.
L’amour fait germer les enfants
Les fait pousser, les fait grandir
Pour qu’ils embellissent l’avenir
Et construisent les civilisations.
Olivier
Oui maman.
(elle sort)
Scène 5
(les personnages cachés surgissent)
O 21
(à ses parents qui ont l’air touchés par la scène mère-fils)
Vous, vous ne m’embrassez jamais !
(à Olivier)
Je t’envie d’avoir une telle mère
Permets-moi d’être ta sœur
Que je germe pour l’avenir sur Terre.
(Olivier est tout tout étonné par la demande)
Le père
Si tu promets de ne plus n’en faire qu’à ta tête
Nous pourrions assouplir notre façon de t’élever
Et parfois même faire la fête
A l’occasion de quelque succès.
La mère
Mais, jusqu’ici, tu n’as été bonne
Qu’à quitter Plautre à chaque réprimande !
Olivier
Quoi ! ce n’est pas la première fois
Que tu traverses les cieux
Vraiment, c’est curieux.
Le père
(il se dirige vers lui)
Mon garçon, trop préoccupé par O 21
J’ai oublié les règles d’usage
Je te demande pardon
D’être entré chez-toi sans permission.
Olivier
(avec une imperceptible ironie)
Ce n’est rien, considérez-vous comme mes invités.
La mère
Nous, les plautriens, nous croyions
De l’univers être les seuls sages
Mais, t’avoir fréquenté un instant
Nous a prouvé que les terriens sont intelligents.
O 21
En plus, vous savez aimer.
(un silence puis, Olivier s’adresse à elle )
Olivier
Et, avant d’échouer sur Terre
Sur quelle planète es-tu allée traîner ?
(elle se tait, penaude)
Son père
Il y a un mois,
C’est à proximité de Centaure
Qu’elle faisait l’intéressante
Avec des êtres unicellulaires
Si on n’était pas arrivés à temps
Des rayons nocifs l’auraient tuée sur le champ.
Sa mère
Et, la semaine dernière
C’était autour de l’étoile HD 28185
Sur une planète dont je ne retiens plus le nom
Qu’on l’a retrouvée discutant
Avec des poissons géants !
Le père
Mais, cette fugue-ci est différente
Elle est même intéressante.
Nous voyions la planète bleue
Peuplée d’indigènes belliqueux
Et nous découvrons avec Olivier
Que les humains ont plein de qualités.
Olivier
(il s’avance vers 0 21)
O 21
Ne saute plus de Plautre à Chara
De Terre à P roxima
Pour un oui ou pour un non !
Et si tu tombais sur une supernova ?
Allons, rentre chez-toi
Et communiquons toi et moi
Avec nos ordinateurs
Notre volonté et nos cœurs.
Soyons amis
A travers les galaxies
Et si tu as un problème
Parle-m’en
Sur écran.
O 21
O.K Olivier
J’accepte ton amitié
Et, je te promets
D’être plus sage
Disons moins volage.
Je t’enverrai des SOS
Par SMS
Et même des vers
Dédiés à la Terre…
(elle se tait, rêveuse… embrasse Olivier puis ouvre la fenêtre, donnant ainsi le signal du départ)
(La mère et le père tendent la main à Olivier)
La mère
Adieu Olivier et merci…
Le père
D’avoir convaincu notre fille…
La mère
De rentrer…
Le père
Et de lui offrir ton amitié.
(on se salue puis les trois extraterrestres sortent par la fenêtre…lumières et sons puis plus rien)
Scène 6
(Olivier seul)
Olivier
(au public)
A qui donc raconter tout ça ?
Qui me croira ?
Même vous qui le voyez de vos propres yeux
Diriez que j’ai sûrement rêvé.
Donc, je vais me coucher !
(il se dirige vers son lit puis revient sur ses pas, va à la fenêtre, la ferme soigneusement et tire les rideaux. Enfin, il se couche et la lumière s’éteint.)
FIN
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